HONORÉ DE BALZAC
PAR ACHILLE DEVÉRIA
HONORÉ DE BALZAC
PAR ACHILLE DEVÉRIA
“Notre cher homme à la tête aquiline y est campé debout, sa belle main aux doigts intelligents sur la hanche. Ce qu’il porte est une banale redingote de 1880, à la jupe trop étroite. Il faut être plus riche pour disposer du pouvoir d’arracher les tailleurs à leur routine. Mais il est content, il croit avoir la riding-coat de Sheridan, on l’a gansée de soie brillante, il a retroussé sur la manche les poignets de sa chemise. Regardez-le au col, à présent. Celui de tout le monde, en ce temps-là, rabattu, plat, et en outre trop large. Vous vous attendiez à un col fait pour une cravate à deux tours, la seule qui lui convînt, mais il a une cravate lavallière, comme Nadar. Seulement elle est bordée d’une longue dentelle.”
“Parlant du col de sa chemise, il faut remarquer sa fidélité à cette forme haute et droite qui, sans croiser, ne laisse rien voir du cou. Il n’en roule pas les pointes. Sous le menton, quand il se baisse, la toile plie sans se casser. M. Barrès a ce col dans le tableau de Jacques Blanche.”
“Il est petit, il est gros, il n’est pas beau — bien qu’à le voir dans la sépia de Devéria, à vingt ans, l’on soit sûr qu’une femme a pu l’aimer, ce qui est un signe bien suffisant. La bonté, la grandeur d’âme, le génie, la fleur de la jeunesse, lui font une beauté indéniable. Il n’y a qu’à voir.”
LA CANNE
DE
BALZAC
“Voyons d’abord la canne de Balzac en image photographique. Les turquoises qui garnissent le pommeau et la riche cordelière provenaient des bijoux de Mme Hanska, dont le portrait était enfermé dans l’or de ce couvercle.”
“Dans le portrait de Dreux, le costume est noyé, mais le visage est admirable par la très rare alliance de la finesse narquoise et de la majesté. Dans le portrait de Durcis, à la belle canne, ces revers, ce dur plastron, je ne sais quoi de vif et de campé : on reconnaît l’Impérial, défini par Balzac. Dans le portrait de la collection Chabanne, qui est de profil, un bien beau collet, à crans, un beau jabot, et la tête si noble, si fière, que l’on a peine à comprendre qu’on l’ait surnommé le Chinois. Mais s’il n’est pas beau qu’importe. Ce n’est plus la question. Il est chic.”
Quelques images autour des portraits d’Eugène Marsan