Il avait, paraît-il, deux portraits accrochés au-dessus de son bureau, l’un de Stendhal, l’autre de Charles Maurras. Deux maîtres et inspirateurs qu’il ne désavoua jamais, et entre lesquels, pour faire bonne mesure et rompre cette ligne un peu raide, on glissera la silhouette « fantaisiste » de Paul-Jean Toulet, qu’il admirait profondément.
Eugène Marsan est né en 1882 à Bari, d’un père aux origines provençales et d’une mère élevée à Istanbul par les religieuses françaises. La famille quitte l’Italie alors qu’Eugène n’a que dix mois, et c’est en Espagne qu’il passe une bonne partie de son enfance. Il arrivera en France durant l’adolescence. Sa carrière littéraire va commencer dans les toutes premières années du XXe siècle, au sein de nombreuses revues auxquelles il livre des petits textes, des poèmes ou des critiques. Il se fait peu à peu un nom, et c’est en 1908 qu’il fonde avec Jean Rivain la Revue critique des idées et des livres, proche de Maurras et de l’Action Française, et creuset de l'école néo-classique. Gide cherchera en vain à le débaucher pour le faire venir à la Nouvelle Revue Française. La même année, Marsan crée les Bibliophiles Fantaisistes, avec Louis Thomas, chez Dorbon Aîné. Et la suivante, il fonde avec Henri Martineau la revue et maison d’édition le Divan, où il publie justement les Cannes de M. Paul Bourget. C’est durant cette période très active qu’on le voie aussi côtoyer le Club des Longues Moustaches, autour d’Henri de Régnier et Jean-Louis Vaudoyer, notamment.
La Première Guerre mondiale survient, qui décime presque la moitié des auteurs de la Revue Critique. Marsan va poursuivre ses activités de critique et de chroniqueur dans d’innombrables titres (l’Action Française, le Figaro Littéraire, le Temps, les Nouvelles Littéraires, Cœmedia, l’Écho de Paris, la Chronique filmée du mois ou l’Art vivant, parmi d’autres). Malgré son attachement profond au classicisme, il continuera comme avant-guerre de faire preuve d’une rare liberté d’esprit et d’un goût sûr et ferme, qui lui permit de saluer très tôt des auteurs aussi divers que Drieu la Rochelle, Montherlant, Carco, Benoît, Proust, Poulaille, Ramuz, Mauriac, Cendrars ou Céline.
Il va aussi publier. Des recueils de ses chroniques (entre autres : Chroniques de la paix en 1926 ou Instances en 1930), mais aussi des petits ouvrages de circonstance où il peut mettre en mot son dandysme et son goût pour un certain art de vivre — Savoir vivre en France et savoir s’habiller en 1926, Éloge de la paresse en 1926 ou Le Cigare en 1929. On lui doit également un ensemble de livres curieux (Passantes, en 1923, pour lequel il manque de peu le Goncourt, ou Les Chambres de plaisir, en 1926) où celui qui se définissait comme un « psychologue, amateur de femmes et de vérités » dresse des suites de portraits féminins. Tout son style est là : complexe et simple à la fois, élégant et raffiné en même temps que direct et familier, clair malgré un goût pour l’ellipse et, ici et là, de la préciosité.
À la mort d’Eugène Marsan, en 1936, on salua sa personnalité discrète et raffinée, son élégance morale, son âme chevaleresque et une « liberté d’esprit passionnée au service de beautés rares et délicates ». On honore un « gentilhomme des lettres », qui « aimait la vie en poète et les livres en amateur passionné ».
Marsan était sans doute trop discret et réservé pour parvenir à se faire une place d’importance dans le monde littéraire. D’autant que son goût de l’élégance et d’un certain luxe, mais aussi une certaine nonchalance (il n’aimait rien tant que paresser aux terrasses des cafés ou se promener sur les boulevards) en agaçait plus d’un. À ceux qui lui reprochaient de passer beaucoup de temps à des vétilles, il répondait « Mais ne savez-vous pas que les petites choses sont le signe des grandes ? » Paradoxalement, ce sont sans doute les quelques ouvrages qu’il a écrits sur les « petites choses » qui lui vaudront d’être sauvé de l’oubli injuste dans lequel il se trouve maintenu.
Bibliographie sélective:
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•Au pays des Firmans, sous le pseudonyme de Sandricourt, Société
d’Éditions Artistiques (1906)
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•Les cannes de Monsieur Paul Bourget, Le Divan (1909)
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•Amazones, Champion, collection Les Amis d’Édouard (1921)
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•Chronique de la paix, NRF (1923)
• Passantes, Le Divan (1923)
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•Les cannes de Monsieur Paul Bourget et le bon choix de Philinte, petit
manuel de l’homme élégant, suivi de portraits en référence, Le Divan
(1923)
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•Stendhal célébré à Civitavecchia, Champion (1925)
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•Les Chambres du plaisir, NRF (1926)
• Savoir-vivre en France et savoir s'habiller, Les Editions de France (1926)
• Notre Costume, A la Lampe d'Aladin (1926)
• Éloge de la paresse, Hachette (1926)
• Pour habiller Eliante A la Lampe d'Aladin (1927)
• Signes de notre temps, Librairie de France - Cahiers d'Occident (1928)
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•Le Cigare, La Nouvelle Société d'Edition (1929)
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•Instances, Editions Prométhée (1930)
• La découverte de l'Amérique et du Cigare (1931)